Okapi

L'OKAPI

(dernière mise à jour : 11 mars 2001)


Zoologie

Nom commun : okapi
Nom scientifique : Okapia johnstoni
Classe : mammifères
Ordre : artiodactyles
Famille : Giraffidés
Taille : 2 m de long et 1,5 m de hauteur au garrot
Poids :
200 à 300 kg
Habitat : forêts humides du Congo
Régime alimentaire : herbivore
(phyllophage : mangeur de feuilles)
Longévité : environ 20 ans


Description :
L'okapi est un mammifère quadrupède à la croupe en pente. La tête porte de grosses oreilles et, chez le mâle, une paire de petites cornes (ossicones) recouvertes de peau. La couleur est brun foncé, plus claire sur la tête. Les membres antérieurs et les cuisses portent des zébrures blanches et noires qui jouent un rôle dans le camouflage de l'animal. La queue se termine par une touffe. Comme la girafe, l'okapi possède une langue préhensile avec laquelle il saisit les feuilles dont il se nourrit.

Historique de la découverte

Le journaliste et explorateur Stanley est passé à la postérité pour une phrase restée célèbre. Parti en Afrique centrale à la recherche de Livingstone, il finit par le trouver après des mois de péripéties, et l'aborda avec cette question à l'humour très british : "doctor Livingstone, I presume..." (docteur Livingstone, je présume). Pour en apprécier toute la finesse, il faut rappeler qu'à cette époque ils étaient les seuls Européens à quelque mille miles à la ronde...
Dans son ouvrage In darkest Africa (1890), Stanley fit allusion à un animal mystérieux, connu des Pygmées de la forêt de l'Ituri, au Congo belge de l'époque :

"Les Wambutti connaissaient un âne et l'appelaient "atti". Ils disent qu'ils en attrapent quelquefois dans des fosses. Ce que ces ânes trouvent à manger est une merveille. Ils mangent des feuilles."

Voilà qui était surprenant, puisque les seuls équidés connus au Congo sont les zèbres, qui sont des animaux de savane, ne s'aventurant jamais en forêt humide. Cette simple mention allait toutefois convaincre Sir Harry Johnston, le gouverneur de l'Ouganda, de partir en 1899 à la recherche de ce grand mammifère inconnu.

Entre-temps, en 1897, un employé de l'administration belge au Congo fournit à ses supérieurs la description d'un animal appelé ndumbe par les Momvu, qui le rapprochaient des antilopes :

"Hauteur supérieure au buffle, avec une tête noire, cou et corps marron foncé ; croupe zébrée de raies noires et blanches. Ces raies forment des anneaux sur les quatre pattes. La queue a vingt pouces [45 cm] de long et se termine par une touffe de poils. Il a la forme et les lignes gracieuses du zèbre. Sa chair est excellente."

La description est parfaite jusque dans les moindres détails, et se rapporte sans conteste à l'okapi. Hélas, elle resta dans les archives de la bureaucratie administrative.
Une semblable inertie allait se reproduire deux ans plus tard, privant les Belges d'une découverte zoologique sensationnelle. En 1899, le lieutenant M. E. Vincait obtint en effet une bande de peau d'okapi ; elle fut envoyée en Belgique, où l'on ne se rendit pas compte de son importance scientifique (une véritable histoire belge !).

Restant ainsi seul en course pour la chasse à l'okapi, Sir Harrry Johnston obtint de nouvelles informations sur l'animal mystérieux des Pygmées du Congo, que l'on exhibait comme des bêtes de foire à l'Exposition Universelle de Paris de 1900 (et que Johnston reconduisit heureusement dans leur forêt natale) :

"Ils comprirent sur-le-champ ce que je voulais dire, et, désignant une peau de zèbre et une mule vivante, ils m'informèrent que la créature en question, qui était appelée okapi, ressemblait à une mule ornée de raies de zèbre."

Okapi ou o-api était en fait le nom indigène de l'animal, que Stanley avait transcrit en atti.
Johnston obtint ensuite des fragments de peau de l'animal (figure 1), servant de ceinture à cartouchière à un soldat congolais, et présentant les zébrures caractéristiques.


Figure 1 : fragments de peau d'okapi
(d'après Sclater 1901)

L'animal fut décrit en 1901 à partir de cette peau par Sclater comme une nouvelle espèce de mammifère sous le nom d'Equus (?) johnstoni, un zèbre forestier supposé. Mais peu après, Johnston put se procurer un crâne, dont l'étude démontra qu'il s'agissait en fait d'un animal apparenté aux girafes, et dont le nom fut rectifié par Lankester en Okapia johnstoni.

Ce n'est qu'en 1912 que les premiers spécimens vivants parvinrent dans des zoos européens.

L'okapi connu des Perses ?

A Persépolis, en Iran, le palais d'Apadana comporte un immense bas-relief. Il représente des délégations des peuples soumis à l'empire perse, venant apporter le tribut au roi Xerxès le Grand (mort en 465 avant J.C.) : des poteries, des œuvres d'art en métal, mais aussi des animaux. La précision des sculptures est telle qu'on identifie sans hésiter les animaux en question, ainsi que l'origine des délégations. On reconnaît ainsi un bélier des plaines de Cilicie, un dromadaire amené par des Arabes, un âne sauvage amené par un Indien, un chameau amené par des Bactriens, une lionne conduite par un Elamite, des taureaux d'Arménie, une antilope de Scythie, des chevaux de Cappadoce...
Un groupe de quatre personnes nous intéresse plus particulièrement. Il s'agit d'un Perse ouvrant le chemin de la délégation, suivi de trois hommes de petite taille (en comparaison du Perse), aux traits négroïdes : cheveux crépus, nez épaté, lèvres épaisses. De plus, ils sont barbus, ce qui, ajouté aux traits déjà relevés, semble bien indiquer qu'il s'agit de Pygmées. Le dernier d'entre eux porte sur son épaule une défense d'éléphant, ce qui confirme encore son origine africaine, et il tient en laisse un animal qui a donné lieu à de nombreuses spéculations.


Figures 2 et 3 : l'animal de Persépolis

Pour l'historien de la zoologie Willy Ley (1968, 1971), comme pour Anderson (1969), aucun doute, il s'agit d'un okapi. Afshar, Dutz et Taylor (1974) identifient l'animal à une girafe dont le long cou aurait été raccourci par l'artiste qui n'aurait pas eu le compas dans l'œil, ce qui est invraisemblable quand on voit la précision des sculptures. D'autres auteurs ont estimé qu'il s'agissait du nilgau (Boselaphus tragocamelus), un grand bovidé de l'Inde, facile à domestiquer, ce qui expliquerait que l'animal de Persépolis soit tenu en laisse.
Un détail capital semble toutefois avoir échappé à tous les chercheurs : l'animal de Persépolis est clairement représenté allant l'amble. Dans ce mode de progression, les deux pattes situées du même côté du corps se déplacent ensemble, et c'est exactement ce que l'on remarque sur la sculpture perse. On retrouve cette très rare façon de marcher chez l'ours, mais aussi et surtout chez les giraffidés actuels (girafe et okapi).

Bibliographie

AFSHAR, A., W. DUTZ, and M. E. TAYLOR
1974 Giraffes at Persepolis. Archaeology, 27 [n° 2] : 114-117.

ANDERSON, Steven C.
1969 A zoological puzzle on a Persian palace. Pacific Discovery, 22 [n° 5] : 11-15.

GIJZEN, Agatha
1959 Das Okapi. Wittenberglutherstadt, Ziemsen Verlag : 5-11.

JANIS, Christine
1988 Hurrah for hyraces ! Cryptozoology, 7 : 104-106.

LANKESTER, Edwin Ray
1901 On Okapia johnstoni. Proceedings of the Zoological Society of London : 279-281.
1901 On Okapia, a new genus of giraffidae, from Central Africa. Proceedings of the Zoological Society of London : 472-475.

LEY, Willy
1968 Dawn of zoology. Prentice Hall, Englewood Cliffs : 14-15.
1971 Ces bêtes qui firent nos légendes. Paris, Editions France Empire : 23.

RAYNAL, Michel
1988 Persepolis : a puzzling case in archaeological cryptozoology. Cryptozoology, 7 : 102-103.

SCLATER, P. L.
1901 On an apparently new species of zebra from the Semliki forest. Proceedings of the Zoological Society of London : 50-52.

SHUKER, Karl P. N.
1992 Hoofed mystery animals (part II). Strange Magazine, n° 10 : 25-27, 48-51 (Fall-Winter).
1995 In search of prehistoric survivors. London, Blandford : 170-171.

STANLEY, H. M.
1890 In darkest Africa. London, Sampson Low, Marston, Searle and Rivington, vol. 2 : 442.

TAKESTANI, Reza Gholi
1978 The mystery beast of Persepolis. Tehran Journal : 9 (May 23).

TUCK, Robert G., and Raul VALDEZ
1989 Persepolis : nilgai -- not okapi. Cryptozoology, 8 : 146-149.

VALDEZ, Raul, and Robert G. TUCK Jr.
1980 On the identification of the animals accompanying the "Ethiopian" delegation in the bas-reliefs of the Apadana at Persepolis. Iran, 18 : 156-157, 170.


URL d'origine : http://perso.wanadoo.fr/cryptozoo/decouvertes/okapi.htm


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